Si il y a bien une saga de jeux qui aura su s’adapter dans le temps, c’est bien celle de Metroid. Du jeu d’aventure intriguant et palpitant sur NES et SNES au shoot en vue subjective sur Game Cube ou Wii, en passant par sa dernière déclinaison orientée vers l’action sur-vitaminée toujours sur cette dernière console, Metroid est un titre qui a toujours su bénéficier de toute l’attention de ses créateurs, trop conscients qu’ils tenaient entre leurs mains la poule aux œufs d’or.
Mais il n’est définitivement pas possible de considérer le soft comme un simple jeu de commande. Il s’agit d’un titre aux influences fortes et à la mythologie complexe, enracinant ses bases autant dans la littérature de science fiction que dans ce qui allaient devenir des classiques cinématographiques.

Ce dossier se veut être une rétrospective sur les spécificités de cette saga si chère au coeur de nombreux gamers ( et retrogamers ), autant d’un point thématique, en insistant sur « l’univers » pro posé tout au long de cette aventure débutée sur NES en 1986, que sur l’ensemble des titres commercialisés sur de très nombreux supports Nintendo, Metroid restant une licence soigneusement encadrée par l’éditeur, et qui n’aura jamais accepté aucun Spin Off sur d’éventuelles autres plateformes que les siennes. Nous espérons que vous êtes bien calé dans votre siège, lumière éteinte, dans un espace exiguë… Attention à vous, un Alien belliqueux pourrait sortir de n’importe où !


En 1979, le premier film « Alien », réalisé par Ridley Scott sortait au cinéma pour terroriser nombre de spectateurs dans les salles obscures. Le synopsis de ce premier opus était le suivant : Alors qu’un équipage fait route vers la terre à bord du Nostromo, un mystérieux décès parmi ses membres les font enquêter à l’intérieur même du vaisseau. Il se rendent compte assez rapidement qu’une forme de vie parasitaire particulièrement agressive s’est infiltrée sur celui-ci. Après une escale sur la planète LV-426, un huit clos oppressant s’engage alors entre l’héroïne du récit, le lieutenant Ripley, et un monstre cauchemardesque se terrant dans conduits d’aérations et autres zones d’ombres du Nostromo, dépeçant méthodiquement chacun de ses occupants.
A noter justement que le second film « Aliens », réalisé par James Cameron, ( son dernier bon film ?
) sortira la même année que celle de la commercialisation du tout premier Metroid sur NES, en 1986. Cela ne pouvait définitivement pas tomber mieux !

Metroid, tout comme Alien, proposent des univers où la « suggestion » du danger est plus important que le danger lui-même. Dans Metroid, nombreuses sont les salles vides, les couloirs sans ennemis, où le seul bruit est celui de vos propres bas, accompagnées d’une petite bande sonore minimaliste. Dans le film de Ridley Scrott, Ripley et l’ensemble de l’équipage passe le plus clair de leur temps à traquer une bête presque indécelable, dans une quasi-pénombre, dans l’attente perpétuelle de « la rencontre ».
Les 2 monstres en eux-même disposent de caractéristiques similaires. Si le Metroid n’a rien à voir esthétiquement parlant avec l’horrible entité imaginée par H.R Giger, il fonctionne selon le même principe : Pour survivre, pour évoluer, ce dernier doit trouver un corps lui servant « d’hôte ». Les 2 entités partagent donc le fonctionnement parasitaire.

Entre le "face Hugger" et le Metroid, assez peu de vraisemblance esthétique, mais un fonctionnement parasitaire commun, ainsi qu'une dépendance à un corps "hôte" pour survivre/évoluer.
Mais cette ressemblance ne s’arrête pas là : Dans le 4ème film, Ripley, reconstituée génétiquement par des scientifiques intéressés par les possibilités offertes par l’exploitation des créatures, dispose d’un ADN hybride, moitié humain, moitié Alien, ce qui a pour effet de lui donner des caractéristiques propres aux 2 races. Ceci sera repris dans Metroid Fusion sur GBA, où pour sauver Samus d’une infection incurable subie lors d’une attaque jugée pourtant anodine, celle-ci doit « fusionner » avec les cellules d’un Metroid, ce qui lui apportera une immunité totale à l’entité.

Encore une particularité qui rassemble le jeu comme le film : le héros bodybuildé et testostéroné à outrance sans peur et sans reproche est en fait une femme de caractère, qui n’a pas peur de se retrouver seule face une menace inconnue ! Ripley passe progressivement de proie à chasseuse. Samus, aidée par la Varia Suit, dézingue du monstre par paquets de 12 sans trop de poser de questions. En terme de jeu vidéo, à l’époque où est sorti Metroid, il était peu commun que les héros soient en fait des héroïnes.

Ellen Ripley, ou Samus Aran. L'une est héroïne de films, l'autre de jeux vidéos, mais elles font toutes deux cause commune : L'éradication d'une forme extra-terrestre parasitaire dangereuse !
Enfin, Alien comme Metroid partagent une même typologie dans l’appelations des éléments des univers proposés : Quand Samus Aran doit explorer SR388 à la demande de la fédération, Ripley doit quant à elle débarquer sur LV426. Enfin, le réalisateur du premier opus Alien s’appelle RIDLEY Scott… et l’un des « big boss » récurrents de la saga Metroid se nomme « Ridley », toujours dans l’optique d’une référence ou d’un hommage au modèle cinématographique.

Les ennemis principaux de Metroid sont les terrifiants « pirates de l’espace », ressemblant par ailleurs davantage à une organisation de très grande envergure qu’à l’image qu’on peut se faire traditionnellement de la piraterie. Ce type d’ennemis est devenu avec le temps caricatural dans la culture SF Japonaise, et les exemples y faisant référence sont nombreux : Songez donc à Harlock de Leiji Matsumoto, connu chez le bon peuple de France sous le nom de Albator, ce fameux « corsaire de l’espace ». Descendant d’un capitaine charismatique, il écume les quatre coins de l’univers avec son vaisseau, le Death Shadow, non pas pour pilier les navires interstellaires de pauvres innocents, mais pour sauver le peuple opprimé, y compris sur terre.

Le "Death Shadow", vaisseau pirate de Harlock, est l'illustration parmis tant d'autres de la reprise du stéréotype des pirates de l'espace dans la culture SF Japonaise.
Dans un style similaire Cobra ( par Buichi Terasawa, œuvre adaptée par la suite en anime par Osamu Dezaki, hélas disparu, et Yodio Takeuchi ) le pirate de l’espace est un homme qui décide de s’engager dans une vie de chasseur de prime audacieux et plein de caractère et dont les ennemis font justement partie de la terribles guilde des pirates de l’espace.
La culture Japonaise s’est évertué à détourner la fonction et le contexte de base de l’imagerie classique des pirates pour l’intégrer au sein de la science-fiction, mais pas uniquement : on trouve aussi la reprise de ce thème fétiche du coté de la littérature .

L’écrivain cultissime Isaac Asimov déclinera ce concept dès les années 50 dans ses publications pour enfants ( Lucky Starr and the Pirates of the Asteroids ) et Edgar Rice Burroughs, cette fois-ci dans les années 30, décrivait déjà des conflits avec les pirates de Venus et de Carson Napier, héros malgré lui, largué sur la planète un peu par hasard. A noter par ailleurs, et c’est peut-être un pur hasard, que la couverture d’origine de l’ouvrage « Pirates of venus » présente des personnages partageant des similitudes, au niveau de la conception visuelle, avec Ridley, l’espèce d’horrible ptérodactyle officiant comme « second big boss » récurrent de l’univers de Metroid.

A ma gauche, l'illustration d'origine de la couverture des "Pirates de Venus", par Edgar Rice Burroughs en 1934 et à droite, Ridley, l'un des boss récurrent de l'univers de Metroid. Troublant de ressemblance, n'est-ce pas ?
Comme nous pouvons donc le constater, les emprunts du monde de la Science-fiction sont nombreux. La synthèse qui pu être faite par les concepteurs de la saga, Makoto Kano et Hiroji Kiyotake, est brillante.
Le résultat est surprenant de cohérence : chaque contribution culturelle est intégré avec beaucoup d’intelligence au sein du soft, et avec un backgound scénaristique aussi foisonnant, il y avait peu de chance pour que le joueur curieux s’ennuie.
D’autant plus que Metroid, ce n’est pas uniquement qu’un melting-pot majestueux, c’est également un titre au gameplay fondamentalement innovant et au parti pris audacieux…
Suite du dossier :



Sources :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alien_(film)
http://uk.games.ign.com/articles/815/815011p1.html
http://www.priceminister.com/offer/buy/47965368/Randa-Peter-Le-Diable-Soit-Avec-Nous-Les-Pirates-De-L-espace-2-Livre-ancien.html
http://www.mobygames.com/game/nes/metroid
http://www.jeuxvideo.com/articles/0001/00012029-metroid-test.htm
Commentaires
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Superbe saga que je regrette de ne plus pouvoir suivre puisque je me suis détaché des consoles Nintendo.
Mes opus préférés sont Super Metroid, Metroid Prime 1 et Metroid Zero Mission, le remake GBA de Metroid 1.
J’ai trouvé Metroid Fusion sympa mais pas mémorable, et j’ai été déçu par Prime 2 Echoes, trop similaire à son prédécesseur et à la durée de vie artificiellement rallongée en visitant 2 fois les mêmes lieux en light et dark.
Les 2 derniers opus, je n’y ai pas joué, mais ils ne me tentent pas plus que ça non +. Metroid mériterait une réalisation magistrale, ce qui n’est plus le cas depuis les 2 opus Gamecube.
Et Metroid Pinball sur DS est super sympa, je le recommande
Les primes etait sous forme de FPS mais ils sont super !
C’est une saga chère à mon p’tit cœur de joueur.
Metroid est l’un des tout premiers jeux que j’ai terminé sur NES, au prix d’efforts qui me semblaient invraisemblables à l’époque.
J’ai adoré l’ambiance, j’ai été pris très rapidement dans le jeu. Super Metroid m’avait mis une bonne claque également, l’effet de surprise en moins.
Quant à la déclinaison du jeu en vue subjective, j’ai testé chacun des épisodes, mais le seul qui m’a vraiment beaucoup plus, c’est Metroid Prime 3 sur Wii.
Je le trouve maitrisé, beau, correctement mis en scène…
Et je me suis pris la tête pendant 20 ans sur des énigmes pas possible. Et étrangement, j’ai apprécié cela
Bon dossier, ça change de ce qu’on peut lire ailleurs sur le net !
Par contre je suis un peu déçu que les épisodes de Metroid GBA (Fusion et Zero) ne soient pas mentionnés. Fan absolu des consoles portables, ce sont les deux seuls titres que je ressors régulièrement. Peut-être vous êtes-vous réservés en vu de prochains tests sur ces opus ?
J’en parle dans la seconde partie du dossier
Mais j’admets évoquer ces opus très peu, surtout parce que je les ai « survolé » de manière très superficielle.
Je laisserai donc volontiers quelqu’un d’autre s’occuper d’éventuels tests, et à la vue de la qualité de ces jeux, les amateurs ne devraient pas manquer
Mon préféré est et restera Super Metroid. Je me souviens de l’avoir acheté à Mammouth à l’époque, c’était le dernier de dispo avec le bouquin.
J’ai passé un super moment avec ce jeu et j’étais tellement fan que j’ai réussi à le finir en moins de 3H pour voir Samus en sous vêtements… lol